L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste. Correspondant sur les affaires européennes pour le quotidien Ouest-France et collaborateur à Europolitique (agence de presse) sur les secteurs "social", "défense-sécurité" (voir autre blog stratégie) et "Traité". Je m'occupe aussi - pour varier les plaisirs! - d'actualité musicale... (RFi Musique) et de la formule weekend d'Europolitique. Spécialisé au fil des ans sur les questions sociales et l'Europe, ce blog est la réunion de ces deux intérêts. Depuis 1989, j'ai travaillé pour différents journaux (Le quotidien de Paris, La Tribune, France-Soir... voir les articles), réalisé quelques travaux plus académiques (mémoire sur "les règles de concurrence face aux règles sociales", 1996) et publié des ouvrages et publications, juridique-pratique : "temps de travail", "comité d'entreprise", "formation professionnelle" ...(Ed. Partenaires/Ministère du Travail), "représentation du personnel dans les entreprises" (Ed. Dalian/Wolter Kluwer) et même un "Guide du service national" (Ed. Puits Fleury, 1998). Pour m'écrire

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Texte Libre

Ni leurre ni sinécure, l'Europe (et l'Europe sociale) s'élaborent, jour après jour, non sans difficultés !
Bruits de couloirs, discussions informelles, projets et contre-projets, histoire(s), contexte, texte(s), décryptages...  ce blog entend se faire l'écho de ce qui "bouge" à Bruxelles (Commission), Strasbourg (Parlement), Luxembourg (Cour de justice). Conditions de travail, Sécurité sociale, Service public, droits fondamentaux, citoyens, traité de Lisbonne...

Mercredi 2 juillet 2008
En rassemblant dans un gros paquet, le 2 juillet, un ensemble de dispositions totalement hétéroclites, allant de la discrimination sur les Roms aux comités d'entreprise européens, en passant par le remboursement des soins pour les patients transfrontières et une note sur la qualité des dépenses sociales, la Commission Barroso pensait faire un coup ! Marquer qu'elle faisait du "Social" autant que l'Economique ou de l'Environnement. C'est raté! Raté en terme de politique et en terme de communication.

Le paquet n'a pas de cohérence technique ni politique: il n'existe aucun lien entre les différentes dispositions, pire elles s'entrechoquent. Point de vue néo-libéral, pour la directive "soins transfrontières" (préparée par la DG Sanco) qui vise à libéraliser le marché et s'inscrit dans la filigrane de la directive Bolkestein 1ère mouture ; ou de la note "dépenses sociales (préparée par la DG Ecfin) qui reflète le point de vue d'une limitation des dépenses sociales. Point de vue plus social, du coté de la directive comités d'entreprises, de la directive discriminations ou de la communication sur le Fonds mondialisation (préparé par la DG emploi). Quant à l'Agenda social rénové, il manque singulièrement d'ambition par rapport aux enjeux. Et la communication sur les services sociaux d'intérêt général est, en gros, un copier coller de la communication précédente.

En terme de communication, l'impression de "brouillon", de "n'importe quoi", de "grand coup balai avant inventaire" prédomine. Et effectivement, on peut se poser quelques questions : la directive Comité d'entreprise attend depuis 2004 d'être révisée, quant à la question des soins de santé transfrontières, si les problèmes sont tels qu'ils sont décrits, on peut se demander pourquoi la Commission n'a pas introduit des recours en manquement contre les Etats membres concernés. Certains rapports qui ont été glissés dans ce paquet n'auraient même pas donné lieu à un communiqué de presse en général. Bref un beau gâchis...

NB : Prudemment, la DG Concurrence a temporisé artificiellement. Le règlement d'exemption général (aides à l'emploi, formation, recherche...) qui devait passer le 2 juillet et aurait du logiquement figurer dans ce paquet "social", a été repoussé de quelques jours, il sera adopté, par procédure écrite, le 7 juillet.
par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 30 juin 2008
Pour un Français sur trois, l’Europe est une source de crainte, selon un sondage paru dans "Dimanche Ouest France" et commenté par mon ami, Joseph Limagne. Qu'apprend-on ?

Depuis 5 ans, Le sentiment des Français à l’égard de la construction européenne s’est considérablement dégrad. Seulement 30 % puisent dans l'Europe de l’espoir, soit moitié moins qu’il y a cinq ans (61 %). Un tiers ne se prononce pas.
 
2° Parmi les thèmes porteurs au niveau européen : la protection de l'environnement, la protection des consommateurs, la politique d'énergie, la politique d'immigration ... et bon dernier la politique de défense.

3° La perception des effets de la mondialisation sur la situation personnelle des personnes interrogées est un critère fort de différenciation. Ainsi, 13 % seulement des ouvriers voient une chance dans la construction européenne, contre 49 % des cadres supérieurs.

Téléchargez l'article de Dimanche Ouest-France

par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 25 juin 2008
Avec le résultat du référendum irlandais, après ceux de France et des Pays-Bas, il faut bien se rendre à l’évidence. Le sentiment croissant des citoyens, qui se méfient de l’Europe et sont prêts à croire à toutes les chimères possibles, oblige à une réflexion interne rapide sur le sens de l’Europe et les politiques communautaires. Ce d'autant que, le rapport Lamassoure le démontre, le chantier est immense.

Pas de modification institutionnelle nécessaire...
Pour cela, point besoin de nouveau Traité. On peut même dire que, services d’intérêt général mis à part (et encore), sur les questions sociales ou de libre circulation des personnes, le Traité de Lisbonne n’apporte rien de fondamentalement nouveau qui ne puisse déjà se réaliser avec le Traité de Nice, avec un peu de bonne volonté.
La libre circulation des personnes, la protection des travailleurs, la sécurité sociale, la lutte contre l’exclusion sociale … sont, en effet, restés un des grands chantiers inachevés de ces dernières années. Dans le souffle du marché unique, cette « liberté » était déjà un des parents pauvres. L’arrivée de l’Euro – qui a resserré les politiques monétaires et budgétaires —, le grand élargissement vers l’Est — qui a, de fait, reposé des questions qui n’avaient été que partiellement résolues lors des élargissements méditerranéens — auraient dû être des opportunités merveilleuses pour repenser certaines questions. Il n’en a rien été…

L'Europe des projets est resté un slogan...
« L’Europe des résultats » ou « L’Europe des Projets » de la Commission Barroso est surtout resté un slogan. Certes un certain nombre de projets « bons pour les citoyens » ont vu le jour : le « Roaming », la « sécurité routière » ou les « listes noires Aviation ». Mais il s’agit davantage d’un « coup de peinture » sur des projets existants, déjà engagés dans la machine institutionnelle, et justifiés pour d’autres raisons, économiques notamment, sans réelle vue d’ensemble. De plus, ils ne touchent qu’à la marge la préoccupation majeure de nombre de citoyens : l’emploi, la santé, le pouvoir d’achat, la retraite.
Qu’il s’agisse de fermeture d’usines, de restructuration de pans entiers de l’économie, d’Euro cher, de hausse des prix des produits de base (alimentation, gasoil…), l’Europe a esquivé, ces derniers mois, les questions fondamentales, avec des arguties pseudo-juridiques. Elle a renvoyé souvent la balle ailleurs : « aux Etats d’agir » « Il faut d’abord faire des réformes structurelles avant tout », « C’est la mondialisation » ont été souvent les réponses… Donnant ainsi aux citoyens, l’impression d’une Europe incapable de prendre en considération certains de leurs problèmes. Une Europe qui avançait d’un pas décidé, inflexible, sans prendre garde aux effets collatéraux. Bref, une Europe incapable de faire de la politique…

Quelques pistes pour commencer
Certaines questions minent le tissu économique et social : la restructuration de certains secteurs touchés de plein fouet par l’évolution du prix du pétrole (routiers, pêcheurs…) devrait faire l’objet de plans de restructuration conçus au niveau européen. Les problèmes sont quasi-identiques et les politiques en partie impulsées par « Bruxelles ». De même les zones grises entre « salariés » et « indépendants », les rythmes de travail… devraient faire l’objet d’une attention accrue. Enfin, tous les problèmes que rencontrent les citoyens qui partent travailler, étudier ou vivre dans un autre pays d’Europe devraient être rapidement résolus. Sur ce sujet, le rapport que doit présenter l’eurodéputé Alain Lamassoure à la présidence française sera fondamental. Soit il s’agit d’une mauvaise application, et la Commission doit sortir son bâton contre les Etats récalcitrants. Soit il s’agit de vides juridiques, et elle doit proposer des solutions pour pallier ces vides. Soit il s’agit d’une mauvaise information, et d’autres solutions innovantes doivent être inventées.

Dans tous les cas, l'action doit prendre le pas sur la rhétorique et l'attentisme.

par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 14 juin 2008
C'était le 12 juin
Nous étions quelques journalistes français à pouvoir deviser, durant une bonne heure, autour d'une table recouvert du traditionnel tapis vert, au Quai d'Orsay, avec Jean-Pierre Jouyet, le ministre français des Affaires européennes. Et naturellement, l'imminence du référendum irlandais occupait tous les esprits, non seulement des journalistes mais aussi des officiels... bien davantage que les priorités françaises. Pour Jean-Pierre Jouyet, ce non irlandais - devenu réalité maintenant - envoyait un "signe négatif, jamais bon dans une Europe en reconstruction". Et  il y "éprouvait un profond regret" dans ce résultat. Mais il semblait confiant dans la poursuite du processus de ratification.

La méfiance des citoyens expliquée
 Mais aussitôt le bon connaisseur des affaires européennes qu'est Jean-Pierre Jouyet enchaînait : le résultat de ce référendum "montre qu'il y a une dichotomie importante entre la stratégie européenne, dont les orientations sont très bonnes à moyen terme (économie, climat, défense…) et les préoccupations à court terme des citoyens". Tant qu’on répondra aux citoyens que c’est « business as usual », alors que l’environnement a changé, il restera une méfiance des citoyens, un doute sur les capacités de l’Europe à apporter des réponses concrètes." On peut voir dans ce résultat une "critique du mode de fonctionnement des institutions".

La critique du dogme
 Et celui-ci d'ajouter au cas où l'un ou l'autre n'aurait pas compris. Si le résultat du référendum avait été "Oui", j'aurai eu le même propos. "Les responsables politiques (européens) doivent faire davantage de politique, et moins de liturgie, ne pas hésiter à ouvrir les débats, mettre fin à cette pratique de consensus (à tout prix)." C’est le "métier du politique de concilier ces objectifs" : restructuration à "moyen ou long terme, réparation à court terme".

Un propos partagé
Ce propos assez dur dans la bouche d'un homme au langage d'ordinaire si modéré et diplomatique, et dont on ne peut pas soupçonner le fort engagement européen, devrait faire réfléchir plus d'un leader européen. D'autant qu'on peut, sans l'ombre d'un doute, dire qu'il est partagé par plus d'un Européen à Bruxelles et ailleurs...




par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 30 mai 2008
La discussion d'un nouvel agenda social pour 2008-2013 repose la question de la méthode adéquate pour l’Europe sociale. Malgré quelques timides réintroductions de propositions législatives, la politique de la Commission européenne reste aujourd’hui trop concentrée sur la méthode ouverte de coordination (MOC) qui apparait comme la solution à tous les problèmes. Une erreur de principe comme de fond.... Cette méthode a, en effet, été conçue et mise en place comme un complément à une volonté politique d’aboutir à une Europe sociale, d’une part ; à la mise en place et au respect d’un ensemble de dispositions législatives, d’autre part. Or, aucun de ces éléments n'existe plus aujourd’hui. Et la MOC demeure seule, au milieu du gué, aux prises avec des vents contraires.

La méthode ouverte de coordination a, en effet, trois défauts majeurs.
• Premièrement, elle ne crée pas de droits ni d’obligations pour les citoyens et les entreprises comme pour les Etats membres. Or l’originalité, et le succès, du système communautaire repose justement sur la création de droits directement invoquables par les citoyens et les entreprises, avec un double contrôle parlementaire et juridictionnel.
• Deuxièmement, la Moc n’est pas démocratique. Il n’y a sur l’élaboration des principes aucun contrôle parlementaire, ou réduit au minimum, ce qui est un comble à l'heure de la généralisation de la codécision!. Elle n’est pas soumise à un contrôle juridictionnel. Aucun citoyen ou entreprise ne peut venir contester ou demander son application devant un tribunal qu’il soit national ou européen, ni national, ni européen.
• Troisièmement, la MOC ne recèle pas en elle-même de principe d’efficacité. Aucune sanction, même symbolique, ne vient frapper l’Etat récalcitrant ou mauvais élève. Au contraire, même, au fil des années, les rapports successifs se sont édulcorés. Et on a tenu à gommer les Etats « mauvais élèves » pour mettre en avant les « bons élèves »... L'exercice de stimulation collective est ainsi devenu un exercice d'autosatisfaction mutuelle.

Faut-il alors jeter la MOC aux orties ? Non.

Elle reste une méthode utile pour permettre aux administrations, et aux experts d’un domaine de dialoguer entre eux, de cerner les bonnes pratiques, de s’encourager. Mais pas plus! Une méthode administrative intéressante ne peut nullement tenir lieu de politique à elle seule. Il est donc temps de replacer la construction sociale au coeur de la construction européenne : non pas à coups de slogans de communications ou de rafistolage publicitaire, en rebaptisant « bon pour les citoyens » des projets essentiellement destinés à améliorer le marché.

La construction sociale intéresse tous les citoyens : salariés et retraités, étudiants et entreprises. Et il s'agit de prendre cette question au sérieux. L'intérêt pour l'Europe est à ce prix. Il faut donc revenir aux « fondamentaux » européens, non pas par doctrine mais par pragmatisme. La seule méthode qui fonctionne, qui permet de rapprocher peu à peu les Etats membres, qui est fait la preuve de son efficacité, demeure la méthode législative, donnant des droits aux citoyens et aux entreprises, et dont l’application est vérifiée à la fois par la Commission, le Parlement et la Cour de justice. Il n’y a pas d’autre chemin. Le reste est un paravent agréable pour masquer le vide… On n’a pas bâti le marché intérieur avec une MOC !

C'est d’autant plus nécessaire que le tissu de directives européennes a vieilli, reste basé sur des concepts assez anciens – salariés industriels restant longtemps au service d’une entreprise à l’actionnariat relativement stable – alors que les temps ont évolué, que les salariés sont de plus en plus mobiles, flexibles, que la différence entre indépendant et salarié s’est largement estompée, et que de nombreux problèmes se posent que n'ont pas prévu les directives actuelles. Il faut donc mettre à jour les textes existants et réinventer de nouveaux droits. Cela nécessitera sans doute certaines réticences, certaines concessions pour des modèles restés trop longtemps nationaux. Mais ces évolutions sont sûrement préférables à l'impression laissée d'un lent grignotage d'une Europe sociale par le jeu du marché…
par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 28 mai 2008
Le paquet social que la Commission européenne devait présenter, fin juin, est reporté au 2 juillet (au lieu du 25 juin comme annoncé un moment). Il comprend toujours un ensemble de communications, dont l'Agenda social rénové, et trois directives : sur les comités d'entreprises, sur les discriminations et sur les soins transfrontières. Ces deux dernières propositions suscitent d'intenses débats au sein de la Commission et un séminaire prévu dans la 2e quinzaine de juin devrait permettre d'y voir plus clair.

Rédiger un texte sur les discriminations liées aux religions, à l'orientation sexuelle est en effet beaucoup plus compliqué et explosif que cela en a l'air (comment traiter la question des homosexuels ou des sectes par exemple). Ne rien rédiger sur ces sujets est, tout aussi, problématique ! C'est toute l'ambiguité où est laissée la Commission. Connaissant José-Manuel Barroso, on peut parier qu'il choisira la solution qui suscite le moins de vagues. Pourquoi pas reporter la discussion par exemple!...

Quant au dossier des soins "transfrontières", il est dans le même état que Kyprianou l'avait laissé. Tant qu'on ne parle pas d'un texte, tout le monde est d'accord ; quand des bouts de texte commencent à être présentés, l'accord commence à être plus dubitatif. Quant à rassembler tous les bouts de texte en un seul, il suscite l'adhésion que si c'est le minimum du minimum, au point de se dire : est-ce vraiment la peine ? Le choix est, en effet, le même qu'auparavant : comment faire passer la pilule à certains pays (à certains commissaires), et ensuite aux citoyens, que libéraliser le système de la santé, permettre aux établissements privés de santé de s'équiper comme bon leur semble, faire éclater les cartes sanitaires et autres obligations mises en place par les Etats membres pour faire tenir leurs dépenses de santé dans un carcan budgétaire… sera utile aux citoyens pour se faire soigner, mieux et moins cher. C'est ni plus ni moins un leurre, au moment où chaque Etat - et chaque citoyen - serre la ceinture d'un cran ! De plus, au niveau politique, le dossier recèle toujours un caractère explosif, aggravé par le contexte politique actuel (période de ratification du traité de Lisbonne et élections au Parlement européen...). Un vrai boomerang qui risque de nous "peter à la gueule" jure certain expert à la Commission...
par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 6 mai 2008
Après plusieurs mois, voire plusieurs années d’inertie, la Commission européenne devrait présenter, le 25 juin prochain, un "paquet social" comprenant trois propositions de directives : sur la libre circulation des services de soins transfrontières, sur les discriminations liées au handicap et sur les comités d’entreprise européens. Ce « paquet » comprendrait aussi plusieurs communications, notamment sur la lutte contre les discriminations, les compétences clés sur le marché de l’emploi ainsi qu’un agenda social rénové, donnant le cadre pour les actions futures de l’Union européenne.

Un tel assemblage, assez hétéroclite, ne doit pas faire illusion. Il s’agit pour le président Barroso qui affectionne ce genre de "paquet" thématique (climat, transport, immigration …) de faire un « coup » de communication politique. Plus prosaïquement, cela permet aussi à la future présidence française de l’UE, qui entend faire du « Social » une priorité, d’agrandir ses chances de succès. En effet, des trois uniques dossiers actuellement sur la table du Conseil des Ministres européens, l’un (règlement sécurité sociale) est très technique, malgré son importance concrète, pour le médiatiser ; les deux autres (temps de travail et intérim d’un coté, droits à retraites complémentaires de l’autre) ont tellement été l’objet de succès avortés, qu’espérer réussir là où plusieurs présidences ont échoué est un pari si risqué qu'il vaut mieux se rabattre sur quelques valeurs plus sûres et moins sujettes à discussion, comme l'est la directive "discriminations".
par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 8 mars 2008
L’exercice des lignes directrices pour l’emploi s’est aujourd’hui banalisé, et enlisé, dans un vaste exercice administratif d’empilage de rapports, machinerie bureaucratique dénoncée mezzo vocce par la plupart des experts concernés. Au départ, cependant, il y a dix ans, cette stratégie alignant rapports conjoints et lignes directrices constituait une véritable innovation, empreinte d’un dynamisme à la fois politique, économique et social disparu aujourd'hui.

Il y a plus de dix ans, l'essentiel était déjà dit et les objectifs fixés
Dans la foulée du Conseil européen d’Amsterdam, qui a décidé d’anticiper, en 1997, le nouveau Titre sur l’emploi, prévu dans le Traité du même nom, se tient, en effet, un Sommet, à Luxembourg, les 20 et 21 novembre 1997, consacré exclusivement à l’Emploi. On croit rêver…

Les Quinze se fixent des objectifs « dans un délai de cinq ans » pour passer d’un traitement passif du chômage à des « mesures actives » : augmentation du nombre de chômeurs, bénéficiant de mesures actives, pour se rapprocher progressivement de la « moyenne des trois États membres les plus performants » (d’au moins 20%), « nouveau départ à tout jeune avant qu'il n'atteigne six mois de chômage, aux chômeurs adultes avant qu'ils n'atteignent douze mois de chômage ». Pour pallier l’échec scolaire, on se fixe un challenge: « réduire substantiellement le nombre de jeunes qui quittent prématurément le système scolaire (50% en dix ans précisera-t-on en 2000 à Lisbonne). Les objectifs de taux d’emploi, proposés par la Commission (objectif à long terme de plus de 70%, augmentation à 65 % dans les 5 ans), seront endossés au sommet de Lisbonne. La Commission avait aussi proposé un objectif de réduction de moitié des taux de chômage de longue durée et de chômage des jeunes dans un délai de cinq ans (qui n'avaient pa été adoptés alors, trop ambitieux, déjà!).

La fiscalité n’est pas oubliée puisqu’on prévoit une réduction progressive de la pression fiscale sur le travail et des coûts non salariaux du travail, « sans remettre en cause l’équilibre financier des systèmes de sécurité sociale » ; l’objectif restant défini de manière nationale. L'opportunité d'introduire une taxe sur l'énergie ou sur les émissions polluantes ou toute autre mesure fiscale ou de réduire le taux de TVA sur les « services à forte intensité de main-d'oeuvre et non exposés à la concurrence transfrontalière » est également inscrite.

Une Invitation à négocier aux partenaires sociaux est faite pour des « accords visant à moderniser l'organisation du travail, y compris les formules souples de travail, (…) afin d’atteindre l'équilibre nécessaire entre souplesse et sécurité, par exemple sur l'annualisation du temps de travail, la réduction du temps de travail, la réduction des heures supplémentaires, le développement du travail à temps partiel, la formation "tout au long de la vie" et les interruptions de carrière. Le mot « flexicurité » n'est pas prononcé. Mais tout est déjà dit ou l’essentiel. Et de façon plus ambitieuse. Aux sommets européens de Lisbonne et de Nice, en 2000, de Laeken, en 2001, de Barcelone, en 2002, seront précisés et affinés certains objectifs.

En 2008, que reste-t-il de cet engagement politique et administratif ?

Quelques objectifs ont été atteints ou en passe de l'être (taux d'emploi). Mais aucune étude sérieuse n'est venue corroborer si c'est le fait de de la stratégie européenne de l'emploi ou de l'évolution de la conjoncture économique. En revanche, plusieurs objectifs plus proprement sociaux ne seront pas atteints en 2010 : où en est l'ambition de réduction de moitié de l'échec scolaire, du nombre d'exclus, du nombre de chômeurs de longue durée ? Quid du renforcement des services sociaux… Au lieu de chercher remède à cet échec, on en masque l'effet par différents artifices : date butoir repoussée, objectif supprimé, valeur de référence changée. L'obligation faite à chaque Etat membre "dans l'Union européenne" est ainsi parfois devenu une simple "moyenne (...) au niveau de l’UE" (exemple l'âge de la retraite).

De fait, l’exercice des lignes directrices pour l’emploi est devenu le contraire de ce qu’il était au départ : un exercice de stimulation mutuel pour devenir un exercice de langue de bois, digne des meilleurs emprunts au PolitBuro, où on se félicite des résultats obtenus – sans chercher si la cause n’est pas dans d’autres phénomènes (l’économie mondiale par exemple…), où on escamote les échecs – en révisant les moyens, voire en supprimant les objectifs dont on sait pertinnement qu’ils ne pourront être atteints. Il est temps de regarder les choses en face : on a perverti la stratégie européenne pour l’emploi fixée à Luxembourg .

N'est-il donc pas temps d'arrêter cette mascarade qui occupe beaucoup de temps et d'énergie ? Ou ne faut-il pas en revenir aux fondamentaux : quelques objectifs précisément cernés, chiffrables, évaluables chaque année, en désignant bons mais aussi mauvais élèves ? Pour cela il faudra sans doute attendre une autre Commission européenne, et à sa tête, un homme plus courageux que l’actuel détenteur.



par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 8 mars 2008
Interpellé par plusieurs journalistes au sujet de l'appel des socialistes européens pour rendre plus sociale et plus efficace la stratégie de Lisbonne, le porte-parole de José-Manuel Barroso a botté en touche - ou plutôt comme disait si bien Martin Schulz, le leader du PSE, s'est "enterré (encore plus) la tête dans le sable". Jugez de la réponse (pour écouter) : "A l’évidence Bruxelles n’est pas immunisé de la politique partisane, clairement les barroso.jpgcalendriers électoraux et échéances futures jettent leur ombre" a-t-il commencé par dire. Puis dans une langue de bois digne des plus beaux discours brejneviens, il a entamé une ode à la stratégie de Lisbonne. "La stratégie de lisbonne, sa conception pour le prochain cycle est une décision unanime du collège, sur lesquels ont travaillé le commissaire à l’industrie, membre du PSE, le commissaire à l’économie, membre du PSE, et le commissaire social, membre du PSE... Le message social est pris en compte par la stratégie de Lisbonne. De l’avis de tous les observateurs d’emploi, le taux d’emploi est un succès, la réduction du taux de chômage à 7% est un succès, cette stratégie donne clairement des effets et des résultats. ... Clairement notre réponse est de dire : assez de paroles, temps de passer aux actes. La Commission est très contente quand les forces politique incitent leurs collègues dans leurs gouvernements nationaux à accélérer la mise en œuvre, c’est là le véritable défi, il n’y a plus besoin de papiers, mais la mise en œuvre."

Schulz.jpgDans une lettre ouverte adressée, le 5 mars, aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE et au président de la Commission européenne, le chef de file des Socialistes, Martin Schulz avait écrit: " alors que 78 millions d'Européens sont menacés de pauvreté et que l'Union est confrontée aux défis du chômage, de l'exclusion sociale du changement climatique et de l'instabilité financière, le président de la Commission européenne continue d'ignorer les appels du Parlement européen." Suivait un mémorandum de vingt propositions pour revitaliser de manière sociale la stratégie de Lisbonne, notamment en mettant en place, de manière coordonnée en Europe, un salaire minimum et des minima sociaux.
par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Recherche

Blog : Poésie sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus