L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste. Correspondant sur les affaires européennes pour le quotidien Ouest-France et collaborateur à Europolitique (agence de presse) sur les secteurs "social", "défense-sécurité" (voir autre blog stratégie) et "Traité". Je m'occupe aussi - pour varier les plaisirs! - d'actualité musicale... (RFi Musique) et de la formule weekend d'Europolitique. Spécialisé au fil des ans sur les questions sociales et l'Europe, ce blog est la réunion de ces deux intérêts. Depuis 1989, j'ai travaillé pour différents journaux (Le quotidien de Paris, La Tribune, France-Soir... voir les articles), réalisé quelques travaux plus académiques (mémoire sur "les règles de concurrence face aux règles sociales", 1996) et publié des ouvrages et publications, juridique-pratique : "temps de travail", "comité d'entreprise", "formation professionnelle" ...(Ed. Partenaires/Ministère du Travail), "représentation du personnel dans les entreprises" (Ed. Dalian/Wolter Kluwer) et même un "Guide du service national" (Ed. Puits Fleury, 1998). Pour m'écrire

Calendrier

Juin 2007
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Texte Libre

Ni leurre ni sinécure, l'Europe (et l'Europe sociale) s'élaborent, jour après jour, non sans difficultés !
Bruits de couloirs, discussions informelles, projets et contre-projets, histoire(s), contexte, texte(s), décryptages...  ce blog entend se faire l'écho de ce qui "bouge" à Bruxelles (Commission), Strasbourg (Parlement), Luxembourg (Cour de justice). Conditions de travail, Sécurité sociale, Service public, droits fondamentaux, citoyens, traité de Lisbonne...

Samedi 30 juin 2007
La France et l’Allemagne ont proposé à leurs partenaires européens d’adopter une décision-cadre permettant « la reconnaissance et la surveillance des peines assorties du sursis avec mise à l’épreuve, des peines de substitution et des condamnations sous condition ». Cette initiative, publiée au JOUE du 30 juin, est soumise au Conseil de l’UE et avis du Parlement européen.

La proposition vise, d’une part, à accroître les chances de réinsertion sociale de la personne condamnée en lui donnant la possibilité de conserver ses liens familiaux, linguistiques, culturels et autres, en exécutant ses obligations dans un autre Etat membre que celui où elle a été condamnée, d’autre part, à améliorer le contrôle du respect des mesures de probation et des peines de substitution dans le but de prévenir la récidive et de protection des victimes. Le texte définira les règles selon lesquelles un État membre surveille les mesures de probation ou peines de substitution imposées sur la base d’un jugement rendu dans un autre État membre et peut prendre toute autre décision pour l’exécution de ce jugement.

Sont visées une dizaine de mesures comme l’obligation pour la personne condamnée d’informer l’autorité compétente de tout changement de domicile ; la présentation à des heures précises devant une autorité compétente ; la réparation du préjudice causé par l’infraction commise ; les travaux d’intérêt général ; la coopération avec un agent de probation ; la soumission à des soins médicaux ou à une cure de désintoxication ; ou l’obligation de ne pas quitter ou de ne pas se rendre dans certains lieux, ainsi que d’autres injonctions sur le mode de vie, le séjour, la formation, l’activité professionnelle ou les loisirs.
par NGV publié dans : Santé sécurité sociale
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 28 juin 2007
L’avocat général Paolo Mengozzi a recommandé à la Cour de rejeter le recours en manquement de la Commission contre l’Allemagne sur le régime transitoire mis en place pour l’autorisation des psychothérapeutes conventionnés (conclusions du 28 juin, C-456/05). La Commission européenne reprochait à l’Allemagne d’avoir violé le principe de liberté d’établissement en réservant aux seuls psychothérapeutes ayant exercé leur activité dans le cadre des caisses d’assurance maladie obligatoire allemandes la faculté d’obtenir un agrément ou une autorisation d’exercice, dérogatoire aux règles de quotas en vigueur, et en ne prenant pas en compte l’activité professionnelle comparable ou similaire exercée par des psychothérapeutes dans d’autres États membres.
Pour l’avocat général, deux motifs justifient le rejet du recours.
Sur la forme, le manquement était terminé à la date de l'avis motivé. Pour Paolo Mengozzi, « la Commission ne saurait introduire un recours en manquement, sous peine de son irrecevabilité, dans le but de faire constater une infraction au droit communautaire qui aurait cessé avant l’expiration du délai fixé dans l’avis motivé ». L’article 226 indique que la Commission peut agir pour faire constater « en vue de leur cessation » l’existence de manquements. Non quand celui-ci a cessé. Certes l'avocat général considère que la Commission conserve la possibilité d'introduire un recours en manquement pour une infraction ponctuelle du droit communautaire ; déclarer l’irrecevabilité du recours « reviendrait à récompenser le fait que le manquement a été «consommé», alors même que la Commission ne pouvait agir avant qu’il cesse d’exister et éviter ainsi que le manquement produise des effets ». Mais tel n’est pas le cas en l’espèce selon Paolo Mengozzi. Sur le fond, l’avocat général estime que le recours de la Commission n’est pas justifié. Certes il y a une restriction claire à la liberté d’établissement. Mais il estime qu’il y a une « raison impérieuse d’intérêt général » justifiant cette restriction. Tout d’abord, comme ne le conteste d’ailleurs pas, la Commission européenne, la législation allemande, transitoire, vise « à permettre aux psychothérapeutes qui, par le passé, ont établi un cabinet en Allemagne de poursuivre, pour des raisons de protection des droits acquis et celle de la confiance légitime, l’exercice de leur activité en dépit de l’offre excédentaire constatée ». Ensuite, elles ont pour objet de garantir que seul un nombre limité de psychothérapeutes puisse faire valoir un droit à obtenir une autorisation dérogatoire, ce qui correspond à l’objectif – fixé au régime de quotas – à savoir : la prévention des surcapacités et la garantie d’une offre uniforme de soins psychothérapeutiques aux assurés du régime d’assurance maladie obligatoire sur le territoire fédéral.
par NGV publié dans : Santé sécurité sociale
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 27 juin 2007
La Commission a invité formellement, le 27 juin, quatorze États membres à transposer complètement la réglementation européenne interdisant toute discrimination fondée sur la race ou l’origine ethnique (Directive 2000/43/CE). Les pays concernés – l’Espagne, la Suède, la République tchèque, l’Estonie, la France, l’Irlande, le Royaume-Uni, la Grèce, l’Italie, la Lettonie, la Pologne, le Portugal, la Slovénie et la Slovaquie – ont deux mois pour répondre, faute de quoi la Commission peut saisir la Cour de justice européenne. Adoptée en 2000, la directive «Égalité raciale» devait être transposée en droit national en 2003 au plus tard.
par NGV publié dans : Racisme Droits Fondamentaux
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 26 juin 2007
Sacrée bourde de la Commission. En annonçant fièrement les premières décisions du tout nouveau Fonds de Mondialisation, sensé venir au secours des travailleurs victimes de la mondialisation, la Commission européenne et son commissaire à l'Emploi, Vladimir Spidla, a soigneusement évité de prononcer le mot fatidique "licenciement". Comme si ce terme était un gros mot, un mot tabou.

Dans sa présentation faite à la presse, la Commission a préféré utiliser le terme de "travailleurs excédentaires", sans se rendre de la connotation péjorative de ce terme. "Les deux demandes ont pour but d'aider des travailleurs devenus excédentaires" est-il écrit. Le Commissaire Spidla, lui-même, repend cette terminologie, indiquant que le Fonds pourra être utilisé "pour aider les travailleurs devenus excédentaires à retrouver rapidement le chemin de l'emploi". Plus loin encore, c'est l'idée du président de la Commission, José-Manuel Barroso, de créer un "instrument de solidarité pour aider les travailleurs, victimes d'un excédent de personnel provoqué par les mutations des structures commerciales mondiales à retrouver le chemin de l'emploi".

Une terminologie surprenante
1° le critère de l'excédent de personnel ne figure nullement dans le règlement sur le Fonds de mondialisation. Seule figure la notion de "licenciements". Bizarre de ne pas avoir utiliser ce terme. Comme si on cherchait à masquer la réalité.
2° La notion d'exédent de personnel tend à ramener tout problème d'emploi à un excédent de personnel. Outre son coté péjoratif, il évoque aussi l'idée que n'entrent nullement en ligne de compte : le marché, la gestion faite par l'entreprise, le contexte économique général, la compétitivité du produit... L'adaptation à la mondialisation, ce serait donc juste un problème d'excédent de personnel comme un excédent de bagage ou de poids qu'on doit dégager avant l'été. Simpliste ?

Interrogé, le porte-parole de la Commission se défend de cet état d'esprit. Pour lui, le mot "excédent de personnel"...  "traduit la réalité qu'il y a un nombre plus grand de travailleurs que d'opportunités d'affaires de l'entreprise. Il ne faut pas attribuer une charge idéologique à cette notion". Autant dire il ne dément pas 'impression première, la confirme même.

En coulisses, des fonctionnaires de la Commission détaillent cette dénomination, c'est très clair, s'il y a des pertes d'emploi, c'est parce que le travailleur n'est pas adapté aux nouvelles conditions....

Curieuse conception du marché du travail et de la mondialisation...
par NGV publié dans : Droit du travail
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 25 juin 2007
Les débuts sont balbutiants. Le dossier déposé par la France pour venir en aide aux salariés des sous-traitants de Peugeot et Renault a abouti ces jours-ci par une décision de la Commission européenne. Sauf que le parcours du combattant n’est pas terminé. Avant le versement de la subvention, il faudra encore une décision conjointe du Conseil et du Parlement, lors d’un prochain trilogue budgétaire – cet été si possible, à l’automne sinon - et le déblocage, physique, des fonds par la Commission. Autrement dit près de six mois, après le dépôt du dossier, pour obtenir une somme d’environ 3,8 millions d’euros, c’est beaucoup d’effort pour un résultat modeste, pourraient répliquer les grincheux. Surtout si on le compare aux financements du Fonds social européen, qui compte, parmi ses objectifs, la même finalité — venir en aide aux salariés en situation de restructuration — et est infiniment mieux doté (4 milliards d'euros pour 2007-2013 pour la France).

Jouer les Cassandre serait trop facile. Ce premier dossier a dû essuyer tous les plâtres d’une procédure entièrement nouvelle. Le temps d'instruction administrative a été relativement long. Car il a fallu répondre à un certain nombre de questions : Qu'est-ce qu’un choc dû à la mondialisation ? Comment définit-on un licenciement (il faut plus de 1000 licenciements) ? etc… Et la tendance naturelle, dans les services de la Commission, a été de « blinder » le dossier, pour éviter tout problème au collège. Une prudence qui a conduit à durcir des conditions, déjà très restrictives (conditions plus dures que celles de son homologue américain).

Une procédure lourde, trop lourde ? Le danger qui menace le Fonds n’est donc pas l’afflux de dossiers ou la dérive dépensière, comme le craignaient certains, mais d’avoir un Fonds qui ne distribuerait, au final, que quelques millions par an sur le demi-millliard qui lui est dévolu. Une économie budgétaire, certes, mais un gros risque politique. C’est le symbole de la stratégie européenne, engagée par le trio Blair-Barroso-Merkel, d'une part d’ouverture au monde, d'autre part d’assistance aux personnes concernées, qui risque d’être mis à mal. Certains pourront considérer que l’effet de la mondialisation en Europe est nul et que les effets de celle-ci sont ... imaginaires. D’autre pourront considérer qu’une fois encore l’Europe, c’est la gabegie ou que, naturellement, elle est ultralibérale, etc… Dans tous les cas, la réussite du Fonds de mondialisation est une nécessité, tout autant que le dossier institutionnel, voire plus…

Pour réussir, le Fonds doit évoluer. La première révision ne saurait attendre. Il paraît souhaitable que les critères d’appréciation, les conditions fixées dans les services de la Commission soient assouplies. Ensuite, lors de la révision des perspectives financières 2008-2009, il faudra bien s’attaquer à cette procédure budgétaire, lourde, trop lourde. A l’heure du moins légiférer, on a réinventé une bureaucratie énorme, injustifiée et injustifiable, au moment où on demande aux Etats membres d’être plus ractifs et moins paperassiers. As-t-on vraiment besoin d’une décision de l’autorité budgétaire pour chaque million d’Euro dépensé. Ne peut-on pas mettre en place une délégation à la Commission jusqu'à un certain plafond ou par branche concernée par un choc à la mondialisation ?

L’autre danger d’un échec du Fonds. Toute la réflexion sur l’avenir du Fonds social européen pourrait en pâtir. Ce fonds, très utile, bien doté, qui a prouvé son efficacité, souffre d’un manque de visibilité patent. L’effort de communication n’est pas en cause. C’est davantage la globalité de ce Fonds qui est en cause. Comment le réformer. Doit-on à l’image de ce qui s’est fait en matière d’Immigration et d’Asile, (re)venir à des Fonds « fléchés » vers des objectifs (lutte contre l’exclusion, formation, services à l’enfance et aux personnes âgées…) ? Le risque serait d’émietter des objectifs, souvent complémentaires, et perdre en cohérence. Mais un Fonds « Flexicurité » aurait aussi sa place. De même qu’un Fonds « Démographie ». Il y a un moment où les dénominations doivent rejoindre la réalité politique.

par NGV publié dans : Emploi Chomage Restructurations Industrie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 24 juin 2007
36 heures de négociation + les jours de préparation ont épuisé les meilleurs sprinters. Du coup, la série de réactions qui a suivi la fin du sommet européen a été un festival… d’erreurs.
La palme revient, tout seigneur tout honneur, à … la présidence allemande. « Un jour heureux pour l’Europe » cite comme avancée la réduction de la Commission de 27 membres à… 15 (au lieu de 18, le texte parle de deux-tiers).
Second au palmarès : le groupe socialiste français au Parlement européen qui, dans un communiqué, regrette la disparition des bases juridiques pour les services publics. Les socialistes se sont emmêlé le plumeau : non seulement cette base est conservée mais elle est même renforcée par un protocole.
Troisième (dans l'ordre d'arrivée des réactions) : la leader socialiste française, Ségolène Royal, qui regrette un « accord qui ne sera applicable qu'en 2014 » — confondant au passage une seule disposition du texte (sur les droits de vote) effectivement reportée à 2014 — avec tout le reste, qui est applicable, comme d’ordinaire pour un Traité, dès la dernière ratification....
par NGV publié dans : Traité européen - CIG 2007
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 23 juin 2007
Qu’est-ce qui change par rapport au Traité constitutionnel ? Exit le terme de Constitution, exit les symboles (drapeau, hymne, devise...), ce texte modifie « simplement » les deux traités existants (Rome 1957, Maastricht 1992) selon la méthode traditionnelle européenne. Il réforme un peu les institutions européennes : un président de l’Europe, un quasi-ministre des affaires étrangères, des juridictions un peu plus accessibles. Il permet de décider plus rapidement d’actions communes en matière d’asile, de coopération policière ou judiciaire, d’énergie et de changement climatique. Il offre aux services publics la possibilité d’avoir un cadre européen.

Que reste-t-il de la Constitution ? En fait toutes les « avancées » majeures de la Constitution sont reprises. Selon un rapide comptage, environ 95% des articles de l’ex-Constitution pourraient se retrouver dans les deux nouveaux traités européens. Mais ce qui était le plus dommageable aux Français – la concurrence libre et non faussée comme objectif primordial, l’absence de disposition sur les services publics, la protection sociale – a été corrigé. De fait c’est un texte beaucoup plus présentable.

Est-ce vraiment alors un traité simplifié ? Tout dépend parce qu’on entend par « simplifié ». S’il s’agit d’un traité simple à comprendre, c’est vraiment l’inverse. Hormis les premiers paragraphes, le mandat de négociation de la CIG est impossible à lire par un profane. S’il s’agit de dire que l’on a tenu compte du peuple. C’est vrai. Les dispositions qui déplaisaient le plus aux Français, Néerlandais, Britanniques et Tchèques. Si les deux premiers s’étant déjà prononcés, le résultat d’un référendum dans les deux autres pays ne faisait aucun doute. En fait la vraie qualification de ce Traité, est tout simplement un Traité « communautaire ». On revient à la bonne vieille méthode de la négociation plutôt qu’à une apparente Constitution.

Pourquoi est-ce toujours aussi complexe ? Tout simplement car il s’agit de réunir des points de vue différents et des cultures juridiques et politiques totalement opposées. Entre un Français ou un Italien qui veulent inscrire tous les principes noir sur blanc —quitte à ne pas les respecter — et un Britannique qui considère que les principes sont faits pour être appliqués — pas pour être déclamés —, il y a un gouffre. Entre un Tchèque qui vocifère dès qu’il voit le symbole d’un super-Etat européen et un Belge qui l’encourage, la longueur d’onde est différente. Pour mettre tout le monde d’accord, il faut une bonne dose de compromis et une petite dose d’hypocrisie. Etre complexe aide à l’accord. Ce sera alors au temps de faire son œuvre ou à la jurisprudence d’agir.

L’Europe va-t-elle repartir ? Elle n’a jamais cessé de fonctionner. Mais quand cette question sera réglée – les ratifications effectuées – ce qui empoisonnait l’atmosphère européenne depuis 15 ans sera réglé.

Quand ce texte sera applicable ? Le texte adopté n’est que la convocation à une conférence des Etats membres. Mais la convocation est ultra-précise. C’est comme si on vous convoque à un match de football, en disant le but aura lieu à la 30e minute, marqué des 30 mètres par un tel. Cela ne devrait donc pas traîner. Le Portugal, qui prend le 1er juillet la présidence de l'UE, aura a la tâche de mettre noir sur blanc tout le texte. L’objectif est de terminer le travail le 19 ou le 20 octobre. Pour permettre ensuite une ratification du traité par chacun des 27 Etats membres (c’est obligatoire). Objectif tout terminer avant les élections européennes de juin 2009. Une fois la dernière ratification effectuée et le texte publié au JO, la plupart de de ces dispositions sont applicables immédiatement.

Comment a-t-on négocié ? Après avoir rencontré à plusieurs reprises les chefs d’Etat européens ou leurs sherpas, durant les semaines précédentes, la présidence allemande de l'Union européenne avait présenté mardi un premier projet de texte. Discuté, disséqué, il a fait l’objet ensuite de nombreuses rencontres bilatérales jeudi et vendredi, y compris tard dans la nuit. Au dernier moment, un deuxième projet a été déposé le vendredi soir. A prendre ou à laisser. La discussion a alors été vive. Il a fallu menacer les Polonais de signer sans eux pour les ramener à la raison. Une dizaine d'Etats, les amis de la Constitution, ont réagi. Quelques ultimes précisions, parfois importantes, ont été faites. L’accord a été obtenu aux alentours de 5 h du matin. Il a fallu encore 2 heures supplémentaires aux experts pour peaufiner le texte définitif. Livré tout chaud en même temps que les croissants chauds aux quelques (rares) journalistes encore présents dans la salle de presse du Conseil, à 7h30.

Qui a négocié ? Le gros du travail technique a été réalisé par les équipes de la présidence allemande (diplomates, fonctionnaires, responsables politiques…) et les juristes européens (du Conseil des ministres et de la Commission). Incontestablement ce succès est d’abord celui de l’équipe Merkel. Mais pas seulement. L’énergie du président français Nicolas Sarkozy est bien connue. Mais l’habilité de Tony Blair ou l’expérience du Premier Ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker ont sans nul doute tout autant joué. Sans compter l’expertise du Premier Ministre italien et ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, du ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Moratinos, et du président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso. Même Lech Kaczynski, le président polonais a involontairement concouru à l’accord en "acceptant" de jouer le rôle de la tête de turc sur tout le monde est tombé à bras raccourci.

Pourquoi les Polonais ont été aussi durs ? La crainte des Polonais ressortait de deux aspects : un coté revanchard, d’ordre psychologique, pour ne pas dire psychiatrique. Ils ne supportent pas de voir les Allemands les dominer de deux têtes. L’autre argument est plus prosaïque. Lors des prochaines discussions budgétaires, ils craignent de se voir diminuer les subventions européennes, en 2009 tout d’abord, en 2013 ensuite. En gardant les critères de Nice, ils rendent en fait un sacré-service… aux agriculteurs français, italiens ou grecs – le « club » agricole disposant ainsi d’une solide majorité de blocage face aux velléités d’économie des Néerlandais, Suédois ou Allemands. « Jusqu’à 2017, cela permet à la Pologne de rattraper son retard de développement » a expliqué le président polonais aux journalistes.

Comment les questions vont se décider ? Au Conseil des ministres (la chambre des Etats), les décisions se tranchent normalement à la double majorité : population et Etats. Le niveau de la majorité et le calcul de la population se fera de manière différente dans le temps : selon une pondération jusqu’à 2014 ou 2017, la majorité se situant à presque 3/4 des voix (74%), selon la taille réelle de la population de chaque pays, la majorité passant à 2/3 des voix (65%). Au Parlement européen, les décisions sont acquises à la majorité simple (en première lecture), à la majorité absolue (en deuxième lecture). A la Commission européenne, il y a très rarement des votes (à la majorité absolue normalement).

Quid de la Charte des droits fondamentaux ? Si elle ne figure plus dans le texte même du Traité, il y a une clause qui y renvoie avec une "valeur juridique identique". C'est l'essentiel. De plus, l'Union pourra adhérer à la Convention européenne des droits de l'homme. Ce qui est aussi un progrès. Seule concession : les Britanniques seront dispensés d’appliquer cet « habeas corpus » européen. Dommage pour eux….

Et pour les services publics ? L’avancée est fondamentale. Il y a désormais, une base claire et incontestable pour la Commission européenne de faire une proposition permettant de garantir le fonctionnement des services publics. De plus, un protocole garantit les grands principes de ceux-ci. Un protocole obtenu au forceps par les Néerlandais, qui en faisant un point de revendication très dur, une ligne rouge, soutenus plus ou moins mollement par d’autres pays (Belgique, Luxembourg, France).

Et pour les citoyens ? Le nouveau traité conservera les principales avancées démocratiques. Le droit à pétition populaire est conservé (Un million de signatures). Les Parlements nationaux auront un certain droit de regard sur le fonctionnement communautaire. Le président de la Commission européenne sera normalement choisi parmi le parti qui aura remporté les élections européennes.

Comment va être nommée la Commission européenne ? Son président sera choisi dans les rangs du parti ayant emporté l’élection européenne. Dès 2014, il n’y aura plus un seul commissaire par Etat. 18 commissaires seulement pour 27 Etats membres. Chaque Etat aura le droit de désigner un commissaire par rotation.

Les frontières de l’Europe sont-elles définies ? Pas exactement. Mais à la demande des Néerlandais, les critères d’acceptation de nouveaux pays – démocratie, économie de marché, respect des droits de l’homme, acquis communautaire — tout comme la condition d’absorption de l’Union européenne seront inscrites implicitement dans le marbre.
par NGV publié dans : Traité européen - CIG 2007
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 23 juin 2007
Les 27 ont abouti dans la nuit du 22 au 23 juin à 5 h du matin à un accord pour lancer une nouvelle conférence intergouvernementale (CIG) en vue d'aboutir à de nouveaux traités européens.

Malgré ce que pourront dire les oiseaux de mauvaise augure, ce sommet est un succès pour l'Europe sociale. Il démontre aussi que le "Non" aux référendums néerlandais et français sur l'ancien projet de Constitution européenne pouvaient bien aboutir à une renégociation de certaines dispositions.

Notons en vrac :
- la base juridique pour les services publics (prévue dans le projet Constitutionnel)
- un protocole sur les services d'intérêt général (Nouveau, grâce aux Néerlandais)
- des objectifs sociaux, complétés, et rehaussés au niveau d'objectif suprême de l'Union européenne, dans ses actions et ses politiques (Nouveau - grâce à la présidence allemande)
- la clause sociale horizontale, obligeant à apprécier toute mesure au regard d'objectifs sociaux (emploi, protection sociale, santé) (prévu dans la Constitution)
- une Charte des droits fondamentaux qui garde une certaines valeur juridique (malgré les tentatives britannique, polonaise et tchèque d'en réduire l'importance)
- et surtout la possibilité d'adhésion à la Convention européenne des droits de l'homme (bien que limitée à une décision à l'Unanimité)
- le demi-passage des questions de sécurité sociale - limitée aux travailleurs circulant dans l'UE (prévu dans la Constitution)

Certes, les dispositions sur le marché intérieur et la concurrence existent toujours, et ce serait une erreur complète de croire qu'elles sont effacées - la Commission garde en la matière un plein pouvoir, un plein pouvoir utile car il permet aussi de pouvoir lutter contre les monopoles malfaisants ou dumpings déloyaus. Mais la Commission européenne ne pourra plus faire n'importe quoi au nom de cette politique - elle sera ainsi sous la surveillance d'objectifs ; ne pourra plus prétexter un quelconque problème juridique pour ne pas agir sur les services d'intérêt général.

Au final, il y a un net rééquilibrage des objectifs sociaux et de libre marché. En attendant un rééquilibrage des outils et des politiques

Pour ceux qui voudraient lire le projet de mandat pour la CIG en anglais et français
Attention c'est particulièrement complexe
par NGV publié dans : Traité européen - CIG 2007
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Vendredi 22 juin 2007
Il ne faut pas s’y tromper. Dans son apparente simplicité, la proposition allemande de mandat pour la CIG, vers un Traité réformé, recèle un aspect important : le renversement des valeurs et des objectifs de l'Europe.
Tout d'abord, ce mandat "brise" le bel article I-3 de la Constitution, qui entendait énumérer une longue liste d'objectifs. Elle ramène ainsi le principe de « la concurrence libre et non faussée » — objet de critiques virulentes lors des référenda en France mais aussi aux Pays-Bas — au rang de (simple) objectif des politiques européennes. Mais elle ne le supprime pas totalement contrairement à ce qu'affirment certains. La politique de concurrence « qui n'est pas faussée dans le marché intérieur » par exemple reste ainsi une des actions possibles de l’Union au même titre que les autres politiques (commerciale, anti-dumping...).
Ensuite, en renommant le "Traité des Communautés européennes" en "Traité du fonctionnement de l’Union européenne", le mandat le subordonne implicitement au "Traité de l’Union européenne", et donc aux objectifs que celui-ci assigne à l’Europe. Du coup, des principes auparavant considérés comme déclaratifs, ou généreux - la paix et le bien-être des peuples, le rôle pacificateur et protecteur de ses citoyens dans le monde, l’espace de liberté et de justice sans frontières intérieures, la cohésion économique, sociale et territoriale, la diversité culturelle et artistique…-, ainsi que les objectifs sociaux, se révèlent ainsi comme des principes fondamentaux guidant les politiques européennes et acquièrent ainsi, par simple effet mécanique, un rang supérieur.
Ce renversement des valeurs pourrait apparaître à première vue cosmétique. Il n’en est rien ! Ou du moins, il pourrait n’en être rien. Placer les valeurs sociales, d'environnement et de développement durable au même niveau que les valeurs d'économie libérale, voire légèrement au-dessus est un geste politique fort. L'axiome "économie sociale de marché" - cher aux Allemands notamment - est ainsi accolé au terme "hautement compétitive". La "croissance économique équilibrée" est accolée à la "stabilité des prix". Mais le marché intérieur est seulement établi comme un constat - "L'Union établit un marché intérieur" - alors que tout un ensemble d'objectifs socio-économiques et environnementaux sont cités et énumérés précisément : plein emploi, progrès social, niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement, lutte contre l'exclusion sociale et les discriminations, justice et protection sociales, solidarité entre générations, protection des droits de l'enfant... Les conséquences pourraient être aussi juridiques. Comme les avocats généraux de la Cour l'avaient déjà mentionné, il n'y a pas pour l'instant de hiérarchisation entre les valeurs sociales fondamentales et les principes fondamentaux de la libre circulation.
Inutile de préciser que cette hiérarchisation entraîne une grosse inquiétude du coté de certains responsables politiques, les libéraux notamment (Graham Watson, chef de groupe ADLE au Parlement européen). La "perplexité" est également de mise à la Commission européenne. Tant chez José-Manuel Barroso que chez Neelie Kroes, on est fort peu soucieux de voir ainsi enserrée l'action autonome de la Commission en matière de politique de concurrence. D'autant plus si on prend en compte une éventuelle déclaration sur les services d'intérêt général (SIG) demandée par les Néerlandais et soutenue par les Français. L'utilisation par l'exécutif européen de l'article 86 - conciliant les intérêts entre SIG et libre concurrence - dans la seule optique de forcer les monopoles publics risquerait ainsi d'être limitée.
Du coup, ce sujet qui paraissait un point annexe de discussion risque de remonter au devant de la scène.
par NGV publié dans : Europe Sociale (philosophie, politique)
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Recherche

Blog : Humour sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus