L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste. Diplôme de droit public et de droit européen (Paris I Panthéon-Sorbonne). Correspondant "Affaires européennes" pour Ouest-France (1er quotidien français, 800 000 exempl.) et collaborateur à Europolitique (agence de presse européenne). Des articles dans la presse, des ouvrages pratiques : "temps de travail", "comité d'entreprise" (Ed. Partenaires - Ministère du Travail), "représentation du personnel dans les entreprises" (Ed. Dalian/Wolter Kluwer), et un travail (un peu plus) académique - "les règles de concurrence face aux règles sociales", 1996. Et un 2e centre d'intérêt : L'Europe de la Défense (Blog2).
Anna Cieslar
, juriste en droit social, une thèse dans la poche sur "La participation des salariés aux décisions dans l'entreprise, l'exemple de la Pologne" (Paris X Nanterre, 1998). Plusieurs années dans le service juridique d'une confédération syndicale en France, une étude sur "L'aménagement du temps de travail et négociation” (éd.
Ires, Paris), une recherche à l'ULB sur "le droit à l’épanouissement de l’être humain au travail" (éd. Bruylant, 2008), des articles dans la presse (LégiSocial, Industries). Correspondante "Europe sociale" pour Actualités Sociales Hebdomadaires (groupe Wolter Kluwer / Liaisons sociales).  

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Ni leurre ni sinécure, l'Europe (et l'Europe sociale) s'élaborent, jour après jour, non sans difficultés !
Bruits de couloirs, discussions informelles, projets et contre-projets, histoire(s), contexte, texte(s), décryptages...  ce blog entend se faire l'écho de ce qui "bouge" à Bruxelles (Commission), Strasbourg (Parlement), Luxembourg (Cour de justice). Conditions de travail, Sécurité sociale, Service public, droits fondamentaux, citoyens, traité de Lisbonne...
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Les partenaires sociaux européens - John Monks pour la CES (syndicats), Philippe de Buck pour BusinessEurope (employeurs privés), Rainer Plassmann pour la CEEP (Employeurs publics) et Hans-Werner Müller pour l'UEAPME (Pme) - ont signé, le 26 avril, un accord-cadre autonome afin de lutter contre le harcèlement et la violence au travail.

L'accord oblige les entreprises à déclarer clairement que le harcèlement et la violence sur le lieu de travail ne sont pas tolérés, et spécifie la procédure à suivre.
- Quand un cas de harcèlement ou de violence est avéré, des mesures appropriés doivent prises contre le responsable. Cela peut inclure des actions disciplinaires ou un licenciement.
- La victime doit, elle, recevoir un soutien et, si nécessaire, une aide pour sa réintégration.
- La nécessaire discrétion doit être maintenue pour protéger la dignité et la vie privée de chacun.
- Aucune information ne doit être divulguée aux personnes non impliquées dans un litige.
- Toute plainte doit être suivie d'une enquête et d'une solution sans délai.
- Toutes les parties impliquées doivent être entendues de manière impartiale et recevoir un traitement équitable.
- Toute accusation fausse ne devrait pas être tolérée et sanctionné de façon disciplinaire.
L'accord reconnaît que la responsabilité consistant à déterminer, examiner et surveiller les mesures appropriées incombe à l'employeur, en consultation avec les travailleurs et/ou leurs représentants.

Les partenaires sociaux ne demandent pas une transposition de cet accord par voie de directive. Ils ont préféré, conformément à l'article 139 du Traité CE s'engager à l'appliquer, conformément aux procédures et pratiques spécifiques de dialogue social dans leur pays, dans les trois ans de la signature de l'accord, soit avant avril 2010. Les parties ont également convenu d'évaluer et de voir cet accord d'ici 5 ans (2012). Les négociations ont commencé à la suite d'une consultation officielle, en janvier 2005, des partenaires sociaux par la Commission.

Un problème de langue. L'accord a été négocié et signé en Anglais. Il n'est disponible que dans cette langue. Ce qui pose un problème : à la fois de validité de l'accord. S'inscrivant dans la légitimité politique du traité européen et dans son cadre juridique, il paraîtrait logique que les partenaires sociaux ne puissent pas s'en affranchir de ses règles et que la traduction soit assurée au moins dans plusieurs langues. C'est une question de validité juridique, de légitimité politique et de courtoisie sociale. Les partenaires sociaux européens se défendent en arguant que la traduction dans les langues est du ressort des partenaires sociaux au niveau national. L'argument, pour pratique qu'il soit, ne répond pas aux us et coutumes européens : une directive, une décision européennes, sont traduites et validées par des juristes linguistes au niveau européen, la question de la traduction est d'ailleurs un élément intrinsèque d'un accord. Et les Etats membres n'ont pas la compétence de traduire le texte selon leur bon vouloir. C'est contraire à une certaine compréhension de l'Europe par les citoyens. Pourquoi les partenaires sociaux auraient-ils l'autorité pour s'affranchir de cette règle à laquelle les gouvernements se plient ?
par NGV
Jeudi 26 avril 2007
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La Cour européenne des Droits de l’homme a condamné, le 26 avril, à l’unanimité, la France pour avoir refusé l’asile et failli expulser un journaliste érythréen.

Des faits incohérents ?
Agé de 28 ans, Asebeha Gebremedhin travaillait comme reporter-photographe pour le journal indépendant Keste Debena avant d’être arrêté en 2000. Incarcéré pendant six mois, torturé notamment sur la fuite à l’étranger de son rédacteur en chef, il réussit à s’évader de l’hôpital de la prison et arrive, via le Soudan, à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle fin juin 2005. Sa demande d’admission sur le territoire, au titre de l’asile, est cependant rejetée le 5 juillet par l’Office français des Réfugiés et Apatrides (Ofpra) au motif d’incohérence. Le lendemain, un ordre d’expulsion vers l'Erythrée est délivré par le Ministère de l’Intérieur. Le recours en référé au tribunal administratif est rejeté. Saisie, la Cour européenne des Droits de l’homme intime immédiatement aux autorités françaises de ne pas le renvoyer et un titre provisoire de séjour est octroyé.

Non répond la Cour...
Pour la Cour, le demandeur d’asile doit pouvoir avoir accès en zone d’attente à un recours de plein droit suspensif, "compte tenu des risques de mauvais traitements ou de torture qui pourraient suivre son expulsion". La Cour critique surtout la législation française qui n’octroie pas d’effet suspensif aux recours des personnes placées dans les zones d’attente. Une violation, selon les juges du droit à un recours effectif et de l’interdiction des traitements inhumains ou dégradants, prévues respectivement par les articles 13 et 3 de la Convention européenne des Droits de l’Homme (CEDH, 26 avril 2007, Gebremedhin, requête n° 25389/05).

Une conséquence sur le droit communautaire ?
Ce faisant, la Cour met en lumière, selon nous, une notion restée floue dans le droit communautaire, celle du recours effectif. La directive 05/111 du 1er décembre 2005 (à transposer avant le 1er décembre 2007) donne, d'un coté, au demandeur d'asile le "droit de rester dans l'Etat membre en attendant l'examen de la demande" mais uniquement jusqu'à l'examen du dossier en premier ressort (article 7) ; de l'autre, elle laisse les Etats membres libres de régler la question de savoir si le recours du demandeur d'asile a pour effet de premettre au demandeur d'asile de rester dans l'Etat membre dans l'attente de l'issue du recours (article 39). Cette décision illustre également l'appréciation extensive qu'ont certains Etats membres des conditions (les "déclarations incohérentes" en l'espèce) permettant l'application de la procédure accélérée (article 23).

La procédure d'asile, roulette russe !
Ce procédé est dénoncé par certaines organisations de droits de l'homme comme l’Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers, ui regroupe la quasi-totalité des associations de droits de l’homme. La procédure d’asile à la frontière, « durcie à l’extrême » ces dernières années, est une vraie « roulette russe » souligne l'Anafé. Ce cas « n’est ni isolé ni anecdotique ». « Ainsi en mars dernier un demandeur d’asile tchadien a été renvoyé par la France et s’est retrouvé immédiatement à la sortie de l’aéroport en garde à vue pendant 28 jours ». « Sauf à violer, la décision de la Cour, la France devra désormais consacrer un effet suspensif aux recours déposés par les étrangers maintenus en zone d’attente qui encourent un risque de mauvais traitements en cas de renvoi vers leur pays d’origine » ajoute l'organisation.
par NGV
Jeudi 26 avril 2007
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