L'auteur

Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste. Correspondant sur les affaires européennes pour le quotidien Ouest-France et collaborateur à Europolitique (agence de presse) sur les secteurs "social", "défense-sécurité" (voir autre blog stratégie) et "Traité". Je m'occupe aussi - pour varier les plaisirs! - d'actualité musicale... (RFi Musique) et de la formule weekend d'Europolitique. Spécialisé au fil des ans sur les questions sociales et l'Europe, ce blog est la réunion de ces deux intérêts. Depuis 1989, j'ai travaillé pour différents journaux (Le quotidien de Paris, La Tribune, France-Soir... voir les articles), réalisé quelques travaux plus académiques (mémoire sur "les règles de concurrence face aux règles sociales", 1996) et publié des ouvrages et publications, juridique-pratique : "temps de travail", "comité d'entreprise", "formation professionnelle" ...(Ed. Partenaires/Ministère du Travail), "représentation du personnel dans les entreprises" (Ed. Dalian/Wolter Kluwer) et même un "Guide du service national" (Ed. Puits Fleury, 1998). Pour m'écrire

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Ni leurre ni sinécure, l'Europe (et l'Europe sociale) s'élaborent, jour après jour, non sans difficultés !
Bruits de couloirs, discussions informelles, projets et contre-projets, histoire(s), contexte, texte(s), décryptages...  ce blog entend se faire l'écho de ce qui "bouge" à Bruxelles (Commission), Strasbourg (Parlement), Luxembourg (Cour de justice). Conditions de travail, Sécurité sociale, Service public, droits fondamentaux, citoyens, traité de Lisbonne...

 La Commission européenne a suspendu, le 28 novembre, sa procédure d'infraction contre la Belgique qui avait imposé des quotas sur les étudiants étrangers – essentiellement français – dans certaines filières de l’enseignement supérieur (éducateurs spécialisés, logopèdes…). Elle a donné cinq ans au pays pour « fournir des données supplémentaires sur leur situation respective ». « Les (premières) données fournies par la Belgique semblent démontrer qu'à défaut de mesures de sauvegarde appropriées, le risque existe que la Communauté française ne soit pas en mesure de maintenir des niveaux suffisants de couverture territoriale et de qualité dans son système de santé publique » explique la Commission dans son communiqué de presse.
Cette suspension, exceptionnelle, résulte, en fait et surtout, d’un accord négocié au plus haut niveau, entre Chefs d’Etat et de gouvernement, lors du dernier Conseil européen à Lisbonne, au moment de l’accord sur le nouveau Traité européen. L’Autriche, qui se situait dans la même situation que la Belgique, et a obtenu le même traitement, menaçait de bloquer l’accord politique du Traité européen si elle n’obtenait pas un traitement particulier par l’exécutif européen de sa loi sur les universités. La Belgique s’est, alors, engouffrée dans la brèche et obtenu le même traitement que l’Autriche.
La « Communauté française » de Belgique (*) avait, en effet, décidé en juin 2006 d'introduire un quota de 70% d'étudiants ayant leur résidence en Belgique pour neuf disciplines envahies par des étudiants, surtout français. Dans certaines disciplines, 90% des étudiants sont français. Le pays faisait valoir que les étudiants français repartent rapidement, une fois diplômés, pratiquer leur métier dans leur pays d'origine, provoquant une pénurie dans certaines professions sociales et de santé (voir l'avant projet de décret). Saisie de plusieurs plaintes d’étudiants français, la Commission avait entamé une enquête, puis fini par adresser, en janvier 2007 une mise en demeure formelle à la Belgique, estimant que les restrictions imposées enfreignaient le principe communautaire de non-discrimination selon les nationalités.
(*) La Belgique, Etat fédéral, a confié les compétences d’éducation aux trois « Communautés » linguistiques (française, flamande, germanophone) qui sont des entités dotées, chacune d’un gouvernement et d’un Parlement. La « Communauté française » est l’entité chargée de cette politique pour la partie francophone du pays (Wallonie sauf communes germanophones et Bruxelles).
Dans plusieurs Etats de l'est-européen, les services de santé sont au bord de l'explosion. Bas salaires, horaires extensibles, conditions de travail difficiles et privatisation brutale de certains services conduisent les médecins, infirmières et personnel de santé dans la rue.

En Hongrie, le principal syndicat des services de santé s'oppose à une réforme du gouvernement de coalition socialiste-libéral visant à instaurer la concurrence et la privatisation des institutions de santé. Objectif avéré du Ministre (libéral) de la santé, Jeno Rstrajkbaner.jpgacz, comme il 'a expliqué au quotidien Magyar Hirlap que la Hongrie "devienne un centre de tourisme médical". Préoccupation semblable en Serbie où le syndicat de la santé Nezavisnost mène la bataille.

En République Tchèque, le syndicat des médecins et l'ordre des médecins est en grève larvée depuis plusieurs mois. Ils protestent notamment contre un projet du ministre tchèque de la Santé, Tomas Julinek, de porter la durée légale du temps de travail des médecins à 48 heures, limite fixée par la directive européenne de 2003. Projet qui permettrait de ne plus payer les heures supplémentaires. Or, ces heures représentent près de la moitié du salaire moyen des médecins (40 000 couronnes soit environ 1500 euros).

En Pologne, c'est la "bombe" du temps de garde dans les hopitaux qui menace d'éclater comme le relate Gazeta Wyborcza. Une loi, dont l'entrée en vigueur est prévue le 1er janvier prochain, permet des dérogations à la limite du temps de travail des médecins (selon le système du volontariat, les salariés peuvent alors travailler jusqu'à 78 heures). La paralysie guette alors les hopitaux. Il n’y aura plus d’argent... ni de médecins.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a annoncé, vendredi 23 novembre, lors de son discours de politique générale, qu'il renonçait au projet de réintégrer Donald-Tusk.jpgla Charte européenne des droits fondamentaux dans le texte du Traité européen qu'il signera prochainement. "Je vais respecter les résultats des négociations de mes prédécesseurs", a-t-il expliqué justifiant que sa coalition était en faveur de la Charte mais qu'il préférait avant tout assurer la ratification du Traité par le parlement polonais.

Cette annonce fait, en fait, partie d’un « troc » avec le président Lech Kaczynski, qui avait menacé de mettre son veto à tout changement du texte (la ratification d'un texte international nécessite un vote de la Dière aux 2/3 - chiffre que n'atteint pas la coalition actuelle même avec l'appoint de la gauche, et nécessite donc un appui du PiS, le parti de Kaczynski).

Le Premier ministre, Donald Tusk, a obtenu le droit de nommer qui il voulait aux Affaires étrangères (c'est l'ancien ministre de la Défense, Sikorski, qui avait démissionné du gouvernement de Jaroslaw Kaczynski, qui a été nommé), de participer au sommet européen du 13 décembre et de cosigner le texte du Traité de Lisbonne. Tout cela vaut bien une petite concession sur la Charte ! D'autant qu'une fois ratifié et entré en vigueur, rien n'empêche à un gouvernement polonais de décider finalement qu'il appliquera totalement la Charte des Droits fondamentaux.
Tant attendue, tant annoncée, la communication de la Commission européenne sur les services d’intérêt général (SIG) laisse, au final, un goût amer. La Commission Barroso a, en effet, décidé de clore le débat, sur la rédaction d’une directive-cadre sur le sujet comme sur les Services sociaux. Du moins pour l’instant.
Cette option peut se justifier parfaitement, d’autant que la Commission n’entend pas abandonner son devoir de clarification et que l’entrée en vigueur du protocole, inclus dans le futur Traité européen, pourrait changer la donne. Mais pourquoi n’avoir pas eu le courage de l’expliquer ? Pourquoi aussi avoir présenté si discrètement les deux « documents de travail » annexés à la communication ? Assurément, ceux-ci auraient mérité un coup de projecteur, une appellation plus politique ou plus juridique, comme « Communication interprétative » ou « Lignes directrices ».
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : interpréter les règles du marché intérieur ou de la concurrence, et encadrer l’action des SIG. Loin de clore le débat idéologique, la Commission prête ainsi le flanc à la polémique, de façon maladroite, en donnant l’impression aux citoyens que tant qu’il s’agit de services profitables ou de libéralisation, l’Europe est active et volubile, et que quand il s’agit de services sociaux et de santé, la discrétion reste de mise…

(communication et documents ici)
Le tout Bruxelles gamberge sur les futurs noms à la tête de l’Europe. Les profils et conditions s’esquissent.
Selon des diplomates, le futur président de l’Europe ne pourra provenir que d’un petit ou moyen Etat membre, ceux-ci étant les plus réticents à cette fonction, il paraît exclu qu’il vienne d’un « grand » Etat membre. Exit donc la candidature de Tony Blair mise en avant par Nicolas Sarkozy.

Le Haut représentant chargé des relations extérieures devra, entre autres qualités, être "Otan-Compatible". Passant à la Commission européenne, il garde en effet la haute main sur l’action politico-militaire de l’Union ; la pleine coopération avec l’Otan était une condition mise par plusieurs pays, comme le Royaume-Uni et le Portugal. Ce ne pourra pas être un National d’un pays disposant d'un siège au Conseil de sécurité (français ou britannique). Ce qui (re)donne toutes ses chances à Javier Solana pour un être renouvellé ou à… un autre national ! Un Allemand par exemple ?

Angela Merkel souhaite, en effet, un retour des Allemands aux postes dirigeants, à la Commission par exemple. Quant à la France, si elle n’est officiellement candidate à aucun poste, cette modestie vise, en fait, à récupérer le secrétariat général du Conseil. Ce poste discret, mais à l’importance grandissante avec les élargissements successifs à de petits pays, sera libre en 2009 et le Français Pierre de Boissieu, fidèle secrétaire général adjoint pourrait un candidat « utile ».

Les femmes exclues ! Seule pièce manquante à ce puzzle : l’égalité des sexes. Aucune institution ou organismes principaux de l'Union européenne, n’est actuellement dirigée par une femme. Commission, Parlement, Conseil, Affaires étrangères, Cour de justice, Banque centrale, Cour des comptes, Comité économique et social, Comité des régions...sont tous présidés par un... homme. Extraordinaire ! Et aucun des noms avancés dans les "conversations" à Bruxelles n'évoque une femme.
La collecte de données ethniques à des fins statistiques, la Commission européenne n’y est pas opposée, au contraire. Elle le recommandait d'ailleurs dans son dernier rapport sur l'application des directives européennes anti-discriminations. Mais pas sans conditions.
Selon un porte-parole de la Commission, il existe la « possibilité de collecter les données de personnes étrangères, d’origine raciale » à deux conditions essentielles : "1° le but doit être légitime (lutter contre les discriminations), 2° la protection des données personnelles doit être assurée (pas de donnée nominative)", on peut donc compter les gens mais pas les identifier personnellement ; le tout en vue de développer des politiques d’intégration ». L’absence de données précises ne permet pas de mener des politiques bien définies, plaide-t-on à Bruxelles.
L’Agence européenne des droits fondamentaux, une agence de l’Union européenne établie à Vienne, qui a succédé en 2007 à l’Observatoire contre le Racisme,  s’est – à plusieurs reprises – plaint du manque ou l’hétérogéïnité de données statistiques en Europe sur les délits racistes notamment (voir le rapport sur le racisme ou la avis sur l'application des directives de 2000).

Eh oui... Le couple franco allemand est de retour... sur les rails. Ou plutôt sur l'absence de train...


Il n'y a pas que les trains français à être en grève. De l'autre coté du Rhin, la situation est analogue pour des raisons différentes. Les conducteurs de trains allemands entament en effet mercredi un mouvement de grève - le fret d'abord puis les voyageurs -, et menacent de déclencher la "grève illimitée".
Ce sera la première fois que la grève touchera simultanément l'ensemble du trafic.


Le conflit dure depuis déjà sept mois. Les conducteurs de trains veulent des augmentations de salaires et la signature d'une convention collective séparée entre leur syndicat (GdL) et les chemins de fer allemands (Deutsche Bahn (DB)).

Une revendication salariale tout d'abord. Le syndicat, qui regroupe quelque 75% des conducteurs de trains allemands, ne se satisfait pas de l'actuelle proposition de la Deutsche Bahn, qui prévoit une augmentation des rémunérations de 4,5%, un versement exceptionnel de 600 euros et de possibilités de gagner davantage en travaillant plus. GdL, pour sa part, demande une hausse de 31% des rémunérations. Selon le président du syndicat, Manfred Schell, un conducteur de train gagne en moyenne 1500 euros net par mois en Allemagne. "Il faut mettre un terme à cela", revendique-t-il.

Un mouvement légèrement corporatiste aussi. Surtout, GdL s'efforce d'obtenir pour ses adhérents une convention collective séparée. Une quasi-première en Allemagne. Depuis la fin de la guerre règne, en effet, outre-Rhin le principe du "syndicat unitaire" (Einheitsgewerkschaft) : un syndicat par branche. Seules deux catégories ont réussi, ces dernières années, à outrepasser la règle : les médecins et les pilotes.

C'est un fait acquis désormais. La Commission européenne qui devrait publier le 20 novembre une communication sur les services sociaux d'intérêt général et les services d'intérêt général a revu à la baisse ses ambitions. Les deux sujets devaient à l'origine faire l'objet de deux communications différentes. Pour finir, ils ne feront qu'un tout, plus pale que la première version d'origine. Pour vous permettre de comparer, voici la première version (qui a circulé), et la version qui circule actuellement. Vous pourrez jauger, le 20 novembre, quel résultat sera finalement atteint.

Quant à la directive sur les services de santé, rassurez-vous -:), elle poursuit son bonhomme de chemin. Prévue au calendrier du 5 décembre, ses concepteurs ont bien pris soin de biffer tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à la directive Bolkestein ou à une notion de service public, pour "éviter tout débat idéologique" comme on aime à le répéter à la Commission. Mais l'objectif avéré de la directive "ouvrir le marché de la santé" reste intact. Et pour tout dire, encore plus opérationnel...
Tout d'abord, bonne nouvelle, la DG Markt (marché intérieur), dépendant du commissaire irlandais, Charlie McCreevy, s'est tout à coup souvenu des obligations du multilinguisme et a mis en ligne des versions française, espagnole, grecque, allemande... de son manuel d'interprétation de la directive, dans les 24 heures suivant ma question au porte-parole. Ensuite, elle a bien voulu répondre à trois questions. Comment résister à l'envie de vous soumettre ces réponses qui sentent bon... la "langue de bois"!

• Que pensez vous des commentaires de certains acteurs des services sociaux ?
La spécificité des services d'intérêt économique général et des services sociaux en particulier a été pleinement prise en compte dans la directive services. Bien évidemment le manuel à sa transposition ne peut aucunement remettre en cause cela. Il faut rappeler que ce manuel est un document destiné à fournir un appui technique aux administrations nationales chargées de la mise en œuvre de la directive services. Le manuel ne donne pas des interpretations du champ d'application de la directive ou de ses dispositions, ni exprime des opinions par rapport aux positions des uns ou des autres sur la Directive.

• Quelle est la valeur juridique de cet instrument ?
Le manuel n’a pas de valeur juridique contraignante. Il s’agit d’un document des services de la DG Marché intérieur destiné à fournir un appui technique aux administrations nationales chargées de la mise en œuvre de la directive services.


• Sur les services non économiques ?
Les services d’intérêt général peuvent être de nature économique dans certains cas, ou non économique dans d’autres, en fonction notamment de la façon dont ils sont organisés et financés. Il s'agit d'une appréciation qui doit être faite au cas par cas.
Interrogé par mes soins, sur leur "guide de la directive services", le service du porte-parole de la Commission a été plutôt peu enthousiaste à répondre. Tout d'abord, le porte-parole de McCreevy a traîné des pieds (au sens propre) pour descendre les escaliers du monumental amphithéatre qui sert de salle de presse au sein du Berlaymont. Ce n'est qu'après deux signes du bras en forme de "help" du chef du porte-parole qu'il a daigné descendre. 

Répondant directement en anglais - ce qui est peu habituel et témoigne d'une certaine condescance (un porte parole répond en Francais ou en Anglais suivant la langue dans lequel c'est posé), sa "seigneurie" a surtout cherché à botter en touche et ridiculer l'importance du sujet. "Cette directive est ancienne et je n'ai pas souvenir de tout" explique-t-il (enregistrement audio). Il estime que les services ont strictement respecté la volonté du Parlement européen et finit par dénier toute valeur juridique à ce document.

Enfin, il a renvoyé la question de la traduction du document sur l'Office des publications.

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